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Intersection avec le modèle

• press kit

Solo show
Pierre Labat

18.05 / 26.06.10

Eprouver les données matérielles de l’espace, opérer entre le sol et le plafond d’un lieu, de nombreuses équations sont possibles. Au delà d’être une des fonctions d’un logiciel de mise en application de la troisième dimension, Intersection avec le modèle est une forme à la rencontre d’autres. Réflexions à partir de découpes virtuelles, Pierre Labat présente cette nouvelle sculpture, également titre de sa deuxième exposition personnelle à la galerieACDC. N’étant pas dans un souci de modification et d’obstruction, l’ensemble des œuvres de Pierre Labat décèle les fibres architectoniques d’un espace et trouvent leur lieu d’ancrage en elles-mêmes.


Constructions puissantes et sobres, chacune de ses sculptures relève d’un langage de formes réduit, « minimaliste ». Questionnant constamment la position du spectateur qui devient une composante de l’oeuvre, la sculpture concrétise son avènement au travers de résistances physiques et émotionnelles.

Œuvre de la déambulation et de la circulation, les planches de bois sont toutes placées de manière à ce que le spectateur puisse les contourner aisément, celles-ci ne pouvant ployer sous leur poids. Pour corroborer cette structure, chaque planche est disposée en fonction d’un mouvement interne et externe. Laissant la galerie telle quelle, la structure envahit l’espace, seuls les renforts tectoniques sont à voir. La sculpture devient l’ossature du lieu révélant les espaces pleins et vides.
L’œuvre se cerne dans une complexité visuelle croissante dès l’entrée de la structure. Elle invite le spectateur à en scruter les angles ainsi que les points de vue multiples que ceux-ci engendrent. Conçue avant puis trouvant sa place dans le lieu, la sculpture se constitue d’un ensemble de plans de courbes et de points qui sont travaillés en forme de spirale ou de vortex.

Rapprochant la sculpture du phénomène naturel, l’étayage de l’espace suscite une troublante sensation de rotation. Ce ne sont pourtant que des planches de bois clairement définies. Matérialiste, cette œuvre est faite de ses propres matériaux sans autre prétention là où l’homogénéité plus que neutralité de la couleur du bois préside. Au sein de cette torsion expressive, l’essence vivante de l’oeuvre s’instaure dans le rapport entre des « forces statiques » et « dynamiques ». De ces combinaisons pertinentes, Intersection avec le modèle est une pièce qui se joue d’un double mouvement, celui de la relation entre un lieu qui accueille et une œuvre qui le comble et le défie. Contraintes des volumes et distances focales, dans cet ordonnancement spatial tout n’est que tension. Cette sculpture est une « prise de force », une assise de l’espace environnant. Entre réminiscence et surgissement du lieu, l’oeuvre se donne entièrement en son épicentre.

Marianne Derrien