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Solo show
Morgane Fourey

29.05 / 07.07.12

C’est avec une installation composée de plusieurs pièces sans titre que Morgane Fourey présente sa première exposition Clou à clou à la galerie ACDC. Malgré l’utilisation de poncifs ou de jeux de mots liés à l’art, Morgane Fourey assume l’appropriation de ce lexique pour engager une réflexion sur la peinture et la sculpture par la stratégie du faux semblant et du trompe l’oeil. Le titre de l’exposition évoque les modalités et conditions d’assurance relatives aux œuvres d’art en tant que gage de confiance lors de leur transport et la mise en perspective du soin qui leur sera porté. Cette procédure administrative est également en lien, au sens strict, avec le geste de décrocher une oeuvre pour l’accrocher à un autre mur. Cependant, se heurtant donc à une incompréhension immédiate, les œuvres en question sont étrangement absentes ou bien en attente d’être déballées et/ou accrochées. Un assemblage de réceptacles, de caisses de transport, de matériels de protection et d’emballage est seulement donné à voir dans l’espace de la galerie.


C’est par ce mode opératoire que Morgane Fourey prend goût à jouer avec les mots et à tromper les sens, ce qui est aussi significatif de sa connaissance des techniques et des pratiques de l’exposition. Pour imiter le matériel de transports des œuvres d’art, Morgane Fourey emploie le contre plaqué pour donner l’illusion du carton, les particules de calages ainsi que les profilés en mousse sont transformés en bois peint ou en plâtre. Les qualités formelles des oeuvres s’établissent en fusionnant les caractéristiques propres aux domaines de la sculpture et de la peinture : du mou au dur, du délicat au fragile, du pliable au rigide. Dans tous leurs états, ces œuvres, à la fois répliques absurdes et objets parfaitement façonnés, nous amènent à nous demander quel est le but de cette «escroquerie» formelle ? Dans le cas de figure de la présentation de ces oeuvres en galerie, la valeur de l’oeuvre est aussi questionnée par sa dualité ontologique. Un nouveau système de valeurs s’instaure par cette approche sensible des matériaux et du travail manuel. Morgane Fourey se concentre sur ce paradoxe, matériel / fonction, tout en le rendant visible et esthétiquement appréhensible.

Marquant le lieu par ces ambiguïtés, l’espace en devenir est celui d’un avant ou d’un après de l’exposition. La simulation du montage et/ou du démontage de l’exposition interpelle les temporalités et les spatialités de l’oeuvre. Par le plagiat et la copie, ce sont les croyances et les pouvoirs de représentation qui sont discutés et laissés à la compréhension. Là où la vision est remise en question, le toucher pourrait devenir un des indicateurs pour témoigner de la vraisemblance ou non de ces oeuvres. Or, cloués sur place, nous ne pouvons qu’être face au « travail de l’art » faisant surgir de nouvelles significations. Le processus de fabrication se révèle par cette précieuse attention que l’on porte, en deux temps, à ces œuvres, pour mieux signifier leur mise en place dans un espace donné. C’est dans cet interstice, espace situé entre les éléments d’un tout, que Morgane Fourey propose cette exposition comme si elle n’allait jamais avoir lieu ou commencer. Avec ce temps suspendu et figé, voire pétrifié, Morgane Fourey fait l’éloge du doute. Par cette méthode et cette pratique de la réplique ou de l’imitation, elle tend à déséquilibrer notre vision. Le vocabulaire de l’art, ses codes et ses rouages sont constamment manipulés comme si un « complot » du vrai avec le faux pouvait désamorcer, avec minutie et facétie, certaines convenances des « professionnels de la profession ».

Marianne Derrien