Articles

La nature fait bien les choses

quipeint• press kit

Solo show
Bastien Cosson

14.12.10 / 22.01.11

Pour sa première exposition en galerie, Bastien Cosson donne une place particulière à l’objet, qu’il met subtilement en tension avec le lieu d’exposition. L’artiste attache une grande importance au choix des matériaux qu’il met en scène. Chaque objet est sélectionné de façon sensible et minutieuse en fonction des possibilités de détournement qu’il offre et de ses qualités esthétiques. En ce sens Bastien Cosson va à l’encontre du concept d’indifférence esthétique illustré par le Ready Made.


Selon un processus rigoureux, il arpente les allées d’un géant du bricolage. Il jauge, soupèse et observe chaque objet. Le choix de la grande surface est induit par une contrainte économique, les matériaux y sont bon marché ; mais c’est aussi un lieu offrant le luxe de pouvoir y perdre son temps, déambuler en suivant le flot imposé par l’organisation du magasin. Une bombe de peinture pulvérisée, un adhésif imitant le marbre ou encore un tableau de liège sont autant d’images permettant de provoquer une réaction du spectateur.
L’artiste accorde peu d’importance à la virtuosité ou à la maitrise technique, l’accent est porté sur le geste. Bastien Cosson cherche l’interstice, le point d’équilibre entre les contraintes liées aux objets et au lieu d’exposition. La composition est réalisée dans l’instant, quelques heures avant le vernissage.

Comme les premières œuvres de Bertrand Lavier, Bastien Cosson exploite l’ambigüité propre aux objets du quotidien. Ils sont à la fois l’objet lui même – utilisable pour ses qualités fonctionnelles – et l’image de l’objet ici support de l’exposition. La combinaison des formes crée un tout, invisible au delà des murs du White Cube. C’est dans l’instant de cette rencontre que se situe la limite entre l’objet courant et l’œuvre d’art.
Un élément perturbateur démystifie l’ensemble, un ticket de caisse qui consigne rigoureusement chaque composante de l’exposition. Il nous rappelle le processus de sélection et assure la traçabilité des matériaux. Ainsi contextualisés, les objets font directement référence à leur utilité liée à une activité commerciale. De l’étal du magasin au mur de la galerie l’objet est toujours lié à sa valeur commerciale : s’il sort du circuit de la grande distribution, c’est pour mieux entrer dans celui du marché de l’art. Paradoxalement, le prix total de l’installation est dévoilé au grand jour, la galerie se voit alors dépourvue de sa fonction initiale : réaliser une plus value sur les œuvres qu’elle expose. « La nature fait bien les choses » est avant tout la percussion de deux mondes : celui de l’art et de la consommation.

Marion Carmet