Articles

Ce qui revient

10.06 / 02.08.08

Ce qui revient

curated by François Aubart
Group show



• press kit



Les fantômes apparaissent dans la répétition. Les premières traces visibles qu’ils aient laissées remontent à la fin du XIXème siècle. Ce fut sur des plaques photographiques. La technique est connue et exploitée par le mouvement Spirit, il s’agit de laisser apparaître sur le tirage la trace de la prise de vue précédente. Du résultat, qui en a troublé plus d’un, on peut affirmer que le fantôme est la mémoire d’une expérimentation antérieure, qui revient.

Bien avant ces expériences technologiques, le fantôme hantait déjà les histoires de toutes les civilisations. Il est la réapparition d’un être disparu, souvent revenu pour réparer les circonstances de sa mort. Dans leur livre L’écorce et le noyau, Nicolas Abraham et Maria Torok présentent ainsi le fantôme comme une invention des vivants pour objectiver un manque. Pour ces psychanalystes, si les morts nous hantent ce n’est pas par leurs présences mais par les secrets inavouables qu’ils nous lèguent en disparaissant. Les fantômes sont les lacunes qui se cachent pour réapparaître d’une génération à l’autre. C’est la source d’une répétition indéfinie qui ne laisse aucune prise à la rationalisation. Cette répétition fonctionne sur un principe d’intégration où se perd toute origine. Le fantôme est ainsi ce qui s’insère lorsqu’il y a répétition, lorsque quelque chose revient.

Masahide Otani refait des objets habituellement produits en série. Identiques à leurs modèles, leur matériau, du contreplaqué, et leur facture, fait main, les transforment en des objets génériques au statut hésitant. Tablecloth de Guillaume Constantin est une nappe qui masque une absence, celle de la table qu’elle recouvre, se substituant elle-même à la fonction de cet objet disparu.

Tout ce qui revient apparaît ainsi hanté par l’expression d’un autre. C’est ce qui se passe avec 4 minutes 32 de monochrome d’Hubert Lanusse et Romain Laveille où un monochrome bleu devient le support de diffusion d’un concert de Kurt Kobain. L’autonomie picturale est ainsi augmentée d’une autre voix. Il en est de même pour la voiture photographiée par Samir Mougas. Revue façon tuning, elle est recouverte par une nouvelle enveloppe qui cache son origine dans une tentative d’individualisation. Une tentative elle-même hantée par la recherche d’autonomie de la peinture moderniste.

Ce qui revient est toujours transformé. Electroshield, l’installation de Benoît-Marie Moriceau est ainsi composée d’éléments issus du croisement entre deux techniques de protection. Celle d'une construction défensive universelle, la barricade, et celle plus actuelle d’une peinture ayant la capacité de bloquer la circulation des ondes électromagnétiques. Les renseignements généraux de Mark Geffriaud sont composés d’un ensemble d’images extraites de leur provenance. Reconditionnées dans un nouvel arrangement, elles sont les fantômes d’elles-mêmes, invoquées pour jouer ensemble un nouveau rôle. Une autre voix parle à travers elles.

Toutes les œuvres de cette exposition se présentent ainsi comme des surfaces qui tour à tour réfléchissent ou masquent une présence étrangère qui semble leur échapper.